mercredi 28 octobre 2009

Where the Wild Things Are


Le point B sur la carte, la haut a 4000 bornes d Atlanta c est Sandpoint, Idaho, un coin qu' un amateur d'euphemismes pourrait caracteriser de difficile d'acces et ou l'on m a envoyee voir si......
L 'Idaho c est l'etat aux millions d'hectares de foret qui occupe a peine 2 pages dans le Lonely Planet. C'est aussi des paysages de montagne a faire palir un Tyrolien et une lumiere surnaturelle qui fait penser a ces images d'aurores boreales. 3 villes moyennes a tout casser, Boise, Coeur d'Alene - un bled avec un nom typiquement sorti de l'imagination d un quebecois egare, qui a l reputation sulfureuse d'etre un foyer neo-nazi- et Sandpoint, ma destination finale, terminus du train et meme de tout d'ailleurs.


A l'Est, Spokane, la derniere ville de l'etat de Washington, et passage oblige pour atteindre les bleds de l'Idaho ou prendre ces petits avions qui vont jusqu'a Helena, Montana, est ma premiere destination puisqu'une Dodge Charger rouge (comble du bon gout GTI style, mais sieges chauffants 2 temperatures donc on n'allait pas pinailler) de loc m'y attendait, prete a filer tout droit vers le nord dans un bruit de tondeuse, sur l'unique route qui coupe des hectares de montagnes, de reserves d'ours et de loups, et plus souvent qu'on ne l'aurait vraiment imagine, des hectares de rien.

Autant dire que la campagne du Pacific Northwest qu'on voit dans Drugstore Cowboy, le genre de campagne qu' on ne traverse pas vraiment en cabriolet, cheveux aux vent sous un soleil jaune clair, et bien c est exactement ca :

La-bas l'air est toujours tres humide, et que ce soit a Portland, a Seattle ou a Sandpoint, des milliards de pins noirs, drus comme des aiguilles assombrissent considerablement le paysage, dans un halo bleu marine. C'est un des seuls endroits sur terre, avec Bora Bora, ou la sensation d'isolement prend vraiment son sens.

Un gros jet Delta me jette sans menagement sur le tarmac poussiereux de Seattle Tacoma apres 5h de vol et je dechante severe quand l'hotesse ouvre la porte du 777 avec un sourire automatique. Il fait un peu moins de 0 degres C contre 30 quand j ai quitte Atlanta, et je dois me grouiller pour attraper ca:

Celui gare a cote, a destination de Portland, OR avait 2 h de retard cause d'un "engine incident" - Oui, ENGINE - et donc c'est moyennement enchantee que je coince mes genoux de travers entre mon dossier en skai qui s'effiloche et la minuscule tablette qui tient mal au dos du siege de devant. Evidemment, je n'ai qu une voisine (on est 30 la dedans), alors quand, tandis que la canette branlante s'eleve peniblement dans les airs en grincant de partout, elle a fait un signe de croix en fermant les yeux (j ai appris plus tard qu'elle etait prof de theologie), mon regard s'est fige sur une crevasse dans le skai bleu reglementaire, assez fascinee et decue de ne pas croire en quelque chose qui m'enleverait la terrible responsabilite de savoir que si je me trouvais dans ce putain de coucou a helices potentiellement foireux a ce moment-la, c'etait juste entierement de mon propre gre.
Mais une fois a 35 000 pieds, pendant que j'observe d'un oeil assoupi les champs noirs et parfaitement circulaires de l'etat de Washington, comme des 33 tours eparpilles sur la moquette de l'appartement d'un DJ, juste avant un set pour lequel il est carrement en arrache , on me sert un gobelet d une biere rousse locale completement potable et j'en oublie l'aspect vetuste de mon vaisseau de tole non ondulee.

Une fois a Spokane, il fait completement nuit, et ma voiture est l'une des seule a quitter la highway pour prendre une route locale vers le nord. Devant moi, un type fonce dans son truck couleur "camouflage", une sorte de vert fonce sur lequel on a dessine des entrelacs de branches et de feuilles avec differentes teintes de marron et de bleu noir. A l'entree d'une foret, je vois bifurquer la benne de laquelle depasse une paire de bois gigantesques, probablement un chasseur presse de rentrer depecer son butin avec bobonne. Sur le bord de la route, des yeux luisent dans les cylindres blancs de mes phares, et on m'avait prevenue : il faut rouler le pied sur le frein parce que des hordes de betes sauvages sont susceptibles de traverser la chaussee sans vraiment prevenir, par bloc de 10 bestioles ou plus.

J'apercois aussi un panneau qui pend sur une longue chaine rouillee, et qui annonce une party pour Halloween, dans ce qui semble etre un parc d'attraction abandonne. Le grand 8 auquel il manque des portions entieres luit d'un eclat mat de fer blanc, et des chariots demontes tanguent lentement dans le vide. Mickael Haneke n'aurait pas deteste.

Le lendemain matin a Sandpoint, apres une nuit dans ce qui m'a furieusement fait penser au Great Northern Hotel de Twin Peaks, 3 h de decalage horaire dans la tronche font que je mets le nez derriere les rideaux verts bouteille de ma chambre tapissee de lambris clair a 6 AM. Derriere, dans une lumiere curieuse, sorte de chien et loup inverse avec la couche bleu nuit en dessous et le violet par dessus, il y a ca :


Un mall plat qui n a pas du bouger depuis les 70's, avec un vieil airstream meme pas rouille gare devant. De l'autre cote, au carrefour avec Main street (la rue unique de Sandpoint, comme dans les western), un type a queue de cheval et sourire sardonique fait le plein de sa red Corvette, et je suis sure qu'il a un 9 mm sous son brut delave rentre dans ses santiags usees . Malgre les -5 degres ce matin-la, l'air sent le sirop d'erable gout butter pecan, le pin noueux et la consanguinite. Je fronce un sourcil et referme prudemment le rideau vert avant de regagner les profondeurs de mon lit.





Sandpoint est connue pour 3 trivia facts : Sarah Palin y est nee, c'est la ville ou a ete fondee Coldwater Creek - la marque de fringues preferee des femmes de 50+ ans a permanente courte "que sur le dessus", qui propose inlassablement les memes pulls a rennes ou a petits chats sortant d'une commode, brodes sur du gros coton rouge ou vert primaire- et c'est aussi l'un des plus grand domaine skiable des US.
Le bled a ete un moment en vogue parce que des Californiens aises desireux de se mettre au vert sans faire comme les autres avaient decide de faire de Sandpoint leur lieu de villegiature hivernal (chacun sait qu'Aspen est ultra surfait), et ont donc construit quelques pompeux chalets a plusieurs millions de dollars sur les montagnes autour. Heureusement, la distance avec la Californie, le cruel manque de magasins de luxe et l'absence complete de toute vie nocturne apres 21 h ont eu raison de leurs derniere velleites, et ils ont lache l'affaire aussi vite qu'ils s'en etaient entiches. Le bled est donc retourne en haussant les epaules a ses activites favorites, la culture de la patate, la biere rousse et le travail a l'usine de sauce salade qui emploie 80% des habitants.

Une Desoto en parfait etat dans le parking de mon hotel . Qui est le gentleman en visite qui conduit cet engin?Dale?



Au Panhandler Pies, on sert un vrai Oatmeal, des flocons d'avoine seches qui font une bouillie quand on verse de l'eau bouillante desssus, accompagnes d'un petit bol de sucre brun et de raisins secs maceres dans un alcool probablement du type goutte a pepe.

Autour de Main Street, quelques maisons bassent hebergent des Diners qui proposent des enormes patates au bacon roties au four et servies sur des anciennes pages de Guns&Ammo , des bars completement dans l esprit du One Eyed Jack's, peuples d'ours empailles la gueule grande ouverte, de petites loutres au dessus de la cheminee et de workers edentes, au visage burine et fripe comme un gibier faisandee qui secherait dans des granges battues par le vent.

On m'y a raconte comment les gens ici ne possedent pas de jardins ou de champs, mais des vallees entieres avec torrent et permis de tuer les loups et de ramasser le bois mort qui a roule dans la vallee. On m'a raconte la couleur du ciel en aout, ou l'on va en gros pull de laine cueillir des huckleberries dans la montagne, le gun dans le sac a dos.

Quitter Main Street, c'est retomber nez a nez avec la nature, et les couleurs pastels du lac Pend' Oreille sur une rive duquel Sandpoint y a une plage balayee par un vent a decorner le cousin cocu de tout le monde en ville.

5 commentaires:

smilelikeme a dit…

ce matin dans le froid mordant de la rue de richelieu, je plonge la main dans la poche de mon manteau d'hiver porté pour la première fois de la saison, en ressort un dollar et un ticket du webster hall...l'écoute intégrale de Funeral plus tard, je décide de venir te lire et...ce post est un film. absofuckinlutely fascinating. voilà.

JelizaRose a dit…

Oh smilelikeme ! cool de te revoir ici. Et merci pour cette vision de la rue de Richelieu

Peter Berlin a dit…

"un vent à décorner le cousin cocu de tout le monde en ville"..... Tu es une reine de la formule! Un mentor!!!!

Arf ça me fait rêver ce post, tu t'en doutes bien! Surtout la dernière image!

Je m'imagine perdu là bas, rencontrant des vampires dans un diner bon marché et des chasseurs en pleine messes noires au fond de la foret, un élan majestueux apparaît au milieu de ma salle de bain, sorti de nulle part, et tard dans la nuit, Dale Cooper me réchauffe dans ses bras...

Une chose est sûre : Salem et notre copine Laura ne sont pas loin!

Cécile a dit…

Ah, ça fait longtemps que je ne t'avais pas lue. Un vrai plaisir!

Sylvain a dit…

Seconde Photo = Miam, tu te souviens de la t° la bas ? (Si tu me dis que tu n'a pas step out histoire de te rendre compte ..).

Merci pour ce récit, il a une suite, non ?

(Et oui, si patience = vertue, attendre c'est finir par douter puis s'éloigner). Take care.