lundi 19 mai 2008

Le Quart d'Heure Icones : Marianne Faithfull



La semaine derniere, je suis allee voir Irina Palm. Oui oui je sais , ca fait bien un an qu'il est sorti en France si je me souviens bien. Mais il semblerait que les films europeens arrivent aux US par LA POSTE : ce n'est pas possible autrement, ils mettent 6 mois ou bien n'arrivent jamais.

Bref. Un petit film tout gris, dans la banlieue de Londres, coproduit par une boite belge, le decor est plante, on a vu plus riant. Et un gamin qui tombe malade, la famille n'a pas d'argent pour le soigner, un traitement existe, mais il faudrait l'envoyer en Australie. Evidemment. La grand-mere arrive a la rescousse, et au grand dam de ses amies rideauxmateuses qui vivent dans des maisons au papier peint un peu trop fleuri, se remet a travailler pour payer le voyage et les soins a son petit-fils . Attention, gros melo sociologique pour menagere qui aurait loupe Amour, Gloire Et Beaute a 13h apres un documentaire sur le rempaillage de chaises au Texas presente par Mike Sonders (= JP Pernaud version americaine)?

Mais ne fermez pas la fenetre toute de suite, la grand-mere, c'est Marianne Faithfull, et son nouveau job, "technicienne de Glory Hole" dans un sex shop londonien plutot decati. C'est la que tout fait volte face, avec un humour grincant (il faut la voir enfiler sa veste de femme de menage, suspendre un cadre kistch et arranger un petit bouquet de fleurs dans son trou a rat derriere le mur duquel des hommes font la queue, braguette baissee).
C'est Faithfull qui porte tout le film, gere parfaitement les emotions et en toutes situations fait preuve d'un sang-froid exceptionnel.
Et puis il y a l'aura. Alourdie par les ans, elle n'a pas perdu une once de sa classe naturelle ni son humour cinglant. C'etait elle Marie-Therese dans Marie-Antoinette de Coppola, une figure hieratique et un role qui lui allait comme un gant.

L'eternelle Venus in Furs possede la voix voilee de quand tous les bars sont fermes et que meme les putes sont rentrees chez elles, la classe des icones rock and roll et de la grande noblesse decadente (sa mere etait une baronne viennoise, descendante du celebre baron Von Sacher Masoch, auteur de l' inenarrable Venus in Furs, et son pere etait un espion anglais), qui lui permit par exemple se retrouver dans une voiture au milieu d'un raid des stups de l'epoque, la tete de Mick Jagger entre les jambes, mangeant tranquillement un Mars.



Sortir avec Jagger, puis Richards, puis Jagger, puis les deux lui a permis de rencontrer leur manager, l'homme qui avait decouvert Nico avec l'aide de Jimmy Page, et lui fera chanter quelque daubes car elle "ressemblait a une Mona-Lisa impassible", a l'epoque ou toutes les filles du Swinging London devenaient hysteriques dans la fosse, "un ange blond avec des gros seins". De maniere plutot amusante, comme elle le dit elle-meme, sa voix s'est bonifiee avec le temps, "comme un brie avec l'age ". Jusqu'au milieu des 60's elle continue a enregistrer des pop songs completement oubliables, et puis en 70, c'est elle qui trouve Jim Morrisson mort dans sa baignoire. Enfin, des gens disent que c'est Nico, du Velvet Underground qui l'aurait trouve. A l'epoque ils etaient tellement stones (sans mauvais jeu de mots, hein) de toute facon que meme maintenant, dans une interview recente de Fabrice Gaignaud (dans son excellent bouquin "Egeries Sixties"), elle affirme justement ne pouvoir garantir ce fait a 100%. On comprend pourquoi Richards est alle se faire remplacer le sang en Suisse.
Sur ces entrefaites, elle sort en 79 Broken English, un album unanimement approuve par les punks, alors que ce n'est pourtant pas un album punk. Bon sang mais il y du synthe la-dedans ! Des milliards de clopes lui on donne cette voix de husky, le contralto qui me fait fremir et que, comme des dizaines de filles a cretes, j'aurais aime avoir (c'est plutot bien parti ceci dit, regard au nombre de clopes, ndlr).



C'etait une rebelle non-rebelle, elle faisait partie de ces icones avec Anita Pallenberg, Nico ou Amanda Lear, des femmes-mecs au sens ou Morrissey decrit dans ses chansons les femmes au caractere trempe du nord de l'Angeleterre, ces especes d'amazones indestrutibles qui ont resiste a la drogue et ont faconne les 60's en ajoutant une touche de purete morale sur les barricades a Paris.
Elle a ete la premiere a porter du Mary Quant.
Elle possede la machine a ecrire de Burroughs et un exemplaire rare d'un recueil du poete beat Gregory Corso.
Il n'y a pas de fille comme ca en 2008.

pics: Rolling Stones Museum, alternatif-istanbul.net, mariannefaithfull.net

3 commentaires:

Nad a dit…

Excellent.

A noter que la BO de ce film est réalisée par ghinzu... Bon ok, un ghinzu qui ne s'est pas foulé et a répété les trois mêmes pauvres accords (si ma mémoire est bonne - il y a plus d'un an chez nous, indeed ;-) ) Par contre, ce groupe en vaut vraiment vraiment la peine. Dans mon top 5! High voltage queen, do you read me, dragster wave (oh sa voix au debut - hum) sans oublier jet sex ou until you faint où les seules paroles sont "i gonna make love to you till you faint" avec la musique derrière qui laisse imaginer la scène... J'adore.

JelizaRose a dit…

OUIII les 3 memes accords de Ghinzu mais ca colle bien avec le decor et tout , juste le cote drama triste qu'il faut, et puis on s'en fout y a surtout la voix de Marianne qui ok, ne chante pas mais c'est comme si...

JelizaRose a dit…

hehe high voltage queen...sont fort ces belges