vendredi 5 septembre 2008

Febrile

Defile Alexander Wang - S/S 09
pic: the cobrasnake

Le e-store YOOX.com fait tres fort. A l'occasion de l'ouverture de la fashion week new-yorkaise, le 4 septembre, le site lance un concept qui risque de rendre la modeuse febrile : desormais, on peut VOIR les defiles sur le site moins de 24 h apres le live, et ACHETER directement les articles en cliquant sur les vetements en mouvement sur le mannequin en train de descendre le podium.

C est comment dire, revolutionnaire? On atteint ici la realisation concrete des fantasmes de toute modeuse lambda: assister a un defile (ca c'etait deja "faisable" grace a Youtube et les sites comme style.com), choisir ses pieces preferes sur le podium , sur un battement de coeur qui deraille, ET les acheter.
Ca c'etait deja nettement moins facile, car dans une collection classique, certaines pieces qui defilent font l'objet d'un tres faible tirage, ou meme restent parfois des prototypes. Et puis c'est seulement l'ultra-luxe qui defile. Ces marques mythiques, ces pieces que oui tu choisis toujours mentalement, que tu observeras plusieurs fois, ces epaules superbement taillees, ce satin rigide qui s'en va mourir entre les seins d'une nymphe aux cuisses fermes, mais que finalement seule Ashley Olsen et quelques pourcentages de happy fews detachees des contingences materielles de cette terre pourront se permettre d'acquerir, sans avoir , dans un sursaut de conscience, la desagrable sensation de mettre le PIB du Burkina Faso ou tout simplement un PEL entier dans la derniere veste en cuire cloutee de Givenchy.


Anna Wintour a le job le plus chiant du monde
pic: the cobrasnake

C'est donc mettre a la portee de toutes la sensation d'en etre, d'etre cette femme privilegiee qui a a la fois son carton d'invitation et sa place -au premier rang, a cote de Roitfeld et Wintour- et le droit de faire des moues dubitatives et blasees, puisque c'est une assistante febrilement armee d'un carnet de notes qui commencera a appeler les marques a la fin du defile pour reserver les pieces qui lui auront tape dans l'oeil.

D'etre ce cameraman qui a chaud, confine dans son coin tout noir avec les autres, qui suit les ondulations du tissu sur les jambes et zoome plus vite que son voisin sur la piece maitresse du look.
D'etre cette invitee lambda, qui respire dans le crepitement des flashs le parfum de lys blanc des vetements neufs, etourdie par la musique.

Les Goodies chez Alexander Wang - S/S 09
pic: the cobrasnake

D'etre l'incruste, la bas, debout, au fond, coincee entre le dernier rang et la porte, qui oublie comment elle a du user de stratagemes scandaleux pour rentrer ici et en transpire encore, la respiration coupee quand le designer surgit de derriere le panneau blanc.


Evidemment, pour l'instant, l'experience s'etend uniquement aux defiles mineurs, les Fresh Faces, un programme cree pour lancer de jeunes createurs. Associe a l'agence GEN ART qui a deja permis le lancement de Zac Posen et Philip Lim (ahh la ligne 3.1...), Yoox propose pour l'instant en video le defile de JF&SON.


les filles avancent, le regard glisse sur les proportions, les longueurs, les volumes. Ici pas de mannequin star, la fille s'efface devant le collier a boules rouges qui se balance devant elle, ah, on remarque la tenue de cette petite robe noire avec ce carre d''organza autour du nombril. On clique, la fille s'immobilise, au pied leve. on reclique, elle repart. Man, on est AUSSI le grand ordonnateur du show ! Les lumieres, la musique, l'ordre des filles, tout ca c'est nous aussi !!! Le plaisir egoiste, imperial, sans compromis. On reclique sur cette robe qui a bien failli disparaitre pendant l'extase.
Une icone apparait sur la robe avec les tailles, la couleur, le prix. En un clic, elle est dans un panier, la semaine prochaine chez moi (ou pas mais ca c est un autre probleme :-)).


pour l'experience, c'est ICI

mercredi 3 septembre 2008

Fashion's Death ?

Fashion's Death ?
Vogue FR september 2008 - source : TFS


Blam. Le Vogue US special mode de septembre, 700 pages, de tendances decryptees mal ou pas du tout, du grunge version 2008 au neo-romantisme ingenu, en passant par un avant-garde minimaliste furieusement sexuel et le tailoring chic des bourgeoises sophistiquees. Le Elle, idem, 680 pages de bazar et Jessica Simpson en couv'. Le truc en trop .

C'est L 'Overdose.

Et pourtant, je fais partie de ces fashion junkies insatiables, capables de scanner sites web,magazines et video vite fait mais en en mode Haute Definition , a l'affut de ce grand choc du detail. Toujours le meme mais jamais plus egal au premier, ce fix de nouveaute initial et decisif, ce flash de plaisir et d'emotion devant une allure, une photo parfaite.

Mais la, I AM COMPLETELY LOST.

Il y a encore 10 ou 20 ans, la mode c'etait clair : une silhouette typique, un pantalon taille haute vert ou gris, a pinces en 1987, avec une veste bien longue plutot en pied de poule, un talon carre, et en accessoire, une longue echarpe. Point.

Carine Roitfled n'est jamais bien loin

Vogue FR september 2008 - source : TFS


Aujourd'hui , les diktats sont bien moins definis. Elle recommande le slim en cuir, le legging en latex, le jean large 70, des blouses a fleurs, des robes longues en tissu ecossais, des bonnets enfonces en laine, des collants imprimes, des blazers a boutons dores, de la dentelle et des clous. Et pour aller avec tout ca, la modeuse se doit de posseder un certains nombre de paires de chaussures, de la ballerine argentee aux low-boots ouverts , sans oublier les bottes indiennes de Kate M, des stilletos cloutes, la botte cuissarde en daim ou le sneaker en edition limite.

Finalement en 2008, la seule tendance qui emerge c'est qu'il n'y a plus de tendance.

La mode au sens 2 saisons muries et attendues de pied ferme, un style defini et unique a chaque designer, que les femmes suivaient a la lettre (on achetait TOUT chez Calvin Klein ou TOUT chez Versace, il etait impensable de mixer les 2 - hum tant mieux peut-etre d'ailleurs) et soigneusement disseque par les redactrices de mode, tout ca c'est ultra mega has-been. Meme les createurs mixent a fond, ca explose de partout, c'est le delire . Mais le hangover est encore loin.

Et c est surement mieux comme ca ? Alors, comme on laisse aux tetes redactrices de Vogue le soin de froidement triturer les collections, comme on laisse a ces croutons de vieux journalistes musicaux le soin de definir le genre d'un groupe qui vient de sortir , et de se perdre dans les meandres snobs d'un debat sterile .....

-"alors Philippe, Caravane Palace, c'est du jazz punchy, electronique?"
-" non a mon avis c est de la techno musette"

.... on laisserait a tout le monde le choix du libre arbitre, celui de pouvoir se creer un look unique grace a l'eventail de plus en plus fourni des tendances?

Pas si sur. En ces temps de recession economique, les marques creent surtout des micros tendances capsules, sans cesse renouvellees, pour inciter a l'achat. Et si ta marque ne peut pas suivre le rythme, tu degages. Si le style victorien ne plait pas, qu'a cela ne tienne, on ne prend plus le risque de voir les racks crouler sous les invendus en periode de soldes, on passe direct a un courant western. Ou boheme-folk puisque Kate Moss l'a decide hier :-)

Les grandes marques aussi cessent d'etre un style, pour devenir une marque, une entite marketing, une "signature"particuliere qui transcende la mode. Marc Jacobs, par exemple, est un formidable artificier, capable de gerer des lignes multiples et plutot differentes tant dans l'esprit que dans la cible (Vuitton, Vuitton Maroquinerie, Marc Jacobs, Marc By Marc....) tout en conservant ce fil directeur, cette irreverence associee a cette maitrise si calculees qui lui permettent de vendre en meme temps des sacs a $10 000 pour Vuitton sur les Champs Elysees, ou des bagues en metal a $1 au magasin Marc By Marc de Savannah, GA.

Completement libre et liberee des diktats "punk" de 1977, ou "preppy" des 90's chics, la modeuse voit donc s'ouvrir devant elle la porte grande ouverte de la self-expression. Armee de sa blogroll de sites fashion humoristiques ou trop narcissiques, personnels ou deliberement abstraits, mais toujours pointus, pleins de dessins, de photos, de looks cuisines maison, de nobody ou de stars de la blogo, elle se cree des mash-ups stylistiques , des bootlegs entre le bling Hip-Hop, le Punk abrasif et le Preppy de la cote Est.
Si elle a de l'argent, comme la gamine de Sea Of Shoes, elle va mixer les bottes pieds nus de Margiela, avec un short frange d'Alexander Wang et un top Urban Outfitters. Si elle en a moins, elle va acheter les knock-offs des dernieres Chloe a talon pyramidal chez Forever21, se chercher un cuir vintage et porter ce top loose H&M qui copie si bien le jersey liquide des t-shirts de James Perse.
Finalement, absolument tout le monde melange ses influences (en toute connaissance de cause ou juste en copiant sans reflechir un post du Sartorialist), et cela n'a plus rien d'exceptionnel.

C'est avoir un style exceptionnel qui devient exceptionnel : de maniere contradictoire, avoir autant de choix, d'acces a la mode, grace au renouveau vintage, grace a la fast fashion de H&M, Zara et des autres menacants mais toujours merveilleux copieurs high-streets n'a jamais autant mene a autant d'uniformite dans la rue.

De maniere plutot etrange en effet, la modeuse finit TOUJOURS habillee comme sa prochaine (mais elles restent le moins proche possible, hein), la, dans cette rame de ligne 14, et elle baisse les yeux sur son jean Superfine (la fille d'en face a le meme en noir, l'uberlooze) et sa besace Dreyfuss (merde, c est la meme aussi !!!). Ou comment retrouver sur tout le monde, en meme temps et des deux cotes de l'Atlantique, ces gladiators Nine West ou cette jupe crayon ultra-moulante de chez American Apparel.

The Clothing Warehouse, dans le quartier alternativo-branche d'Atlanta "Little 5 Points"
pic via Flickr

Encore plus curieux, l'engouement massif et soudain pour le vetement vintage. Mais pas pour tous les vetements vintage. Comment se fait-il que TOUTES ces bottes identiques, plates et molles, en marron ou noir aient traverse les ages en parallele pour se retrouver en meme temps aux pieds de toutes les filles dans le Marais ? Pourtant, la caracteristique premiere d'un vetement vintage,c'est son unicite, son parcours secret et tortueux. C'est ce qui fait que le vintage a toujours eu ses aficionados, de luxe ou pas de luxe, ces gens toujours un peu edgy et en marge des tendances qui cherchent la reflexion de leur vie interieure dans des looks qui cherchent la difficulte stylistique . Ces gens qui abordent un rack de blouses mexicaines avec l'assurance teintee d'excitation d'un barreur de haut niveau, pret a eviter avec virtuosite les ecueils du trop cher/trop decale/faux cotton/broderies nulles/ trop pourri/faux vintage.

Je ne pense pas avoir de vraie explication a ce phenomene, excepte que meme en l'absence de reperes de style (meme les magazines feminins ont perdu leur radicalite, leur ton legerement peremptoire, puisque TOUT, absolument tout est acceptable, de la combinaison panthere au body fluo, et se voit parfois l'honneur d'etre au top d'une vaguelette de hype, le temps d'un tirage de Elle), la modeuse s'accroche quand meme a des references.

Ces references ont change, les mags papier vivent une sale periode, et c'est toute la blogosphere, ce monde accelere et acere, affaire a faire et a defaire les listes de Must-Haves qui devient la reference dynamique. La blogosphere, c'est un monde accessible puisqu'il montre la rue et ses styles pas top chers, ces filles imparfaites donc tellement humaines, et pas des mannequins de 17 ans d'1 m 80 portant des Smic au bout d'un bras galbe qu'on ne trouve nulle part ailleurs que dans le monde magique de Photoshop.
Comme dans tous les milieux, le microcosme de la blogosphere mode n'a pas echappe a sa hierarchisation progressive, de la star erigee en prohete du style a la simple gobeuse de tendances: si Rumi de Fashiontoast decide d'acheter une paire de Colin Stuart chez Victoria's Secret, une armee de filles se rue sur le site qui se retrouve vite en rupture de stock. Les marques l'ont bien compris et commencent a approcher les bloggeuses les plus "influentes" en leur proposant,des cartons de fringues envoyees gratis (American Apparel et RVCA pour Rumi) qui seront donc bien sur tacitement mises en scene sur le blog.

Et ca devient tres tres dur de rester objective par raport a ses propres gouts, son propre style. Sur Chictopia, un site de streetstyle completement addictif, ses propres references mises a nu deviennent un peu celles de tout le monde car on partage ses magasins coups de coeur,ses bonnes affaires createurs et ses petits secrets de style, qui se voient exploites et revus a l'infini, a la vitesse des livraisons H&M.
Mais c'est aussi ce challenge qui me pousse a toujours affiner, preciser, decouvrir, trier, adorer, detester la mode.

"there is no such thing as unconscious dressing"

Vogue FR september 2008 - source : TFS


N'oublions pas, avec Diana Vreeland, que :

"There is no such thing as unconscious dressing."

Mes blogs Preferes:

Cafe Mode - scolaire, pointu, culturel
Garance Dore - le top, fin, point, creatif, independant, cool
Childhood Flames - narcissique, minimaliste
FashionToast - ultra narcissique, californien, body-conscious
Sart - the reference, une preference pour ses photos de mecs
Face Hunter - edgy, nightlife embracing
Stilinberlin - berlin quoi
Oslostil - prattu, neat, small, quiet and has that northern sharpness
StreetFancy SF - SF !!
Style Bubble - The english diva
Sea Of Shoes - c est beverly hills la bas
Karla's Closet - sensuous curvy californian babe
What To Wear Daily - neet magazine
Fashionista - humour, edge
Chictopia (lulu)- asian rock chick
Photos from Piksi - perfect vintage babydoll

mercredi 27 août 2008

Infuences


" In the heart of the night/ she smiles like Mardi Gras/Spinning in a Dizzy Haze" - She's a Carnival ( Siouxsie Sioux)

C'est un peu enfoncer une porte ouverte que de dire que la musique faconne ce que tu es et qui tu deviendras, puisqu'elle influence ta facon de t'habiller, d'apprehender tes relations avec les autres et tes preferences,ce que tu n'es pas et aussi comment tu reponds a l'art, aux films et meme aux pubs. Musique et mode ont toujours ete les seins de la culture qui nourissent l'ado, et meme l'adulte non repenti; et sans reflechir on pense directement a Hedi Slimane, qui pieds et poings lies a la team Doherty, a contribue a faconner l'avenement du renouveau rock anglais, tant dans les charts qu'a la sortie des lycees parisiens avec ses coupes slims, ses accessoires de dandy et son allure maladive.
Chaque saison de pret-a-porter voit renaitre une , ou meme plusieurs tendances associees a des courants musicaux. Il y a periodiquement le folk hirsute de Devendra Banhardt chez Dries Van Noten, le GRUNGE de Kurt et Courtney avec Jacobs au debut des 00's et cet hiver chez Alexander Wang, Isabel Marant, et meme Dolce & Gabanna (?! soit un peu tout le monde cette annee en fait),


Alexander Wang Fall 08

le punk des Sex Pistols chez Westwood,

L'ami Johnny

Vivienne Westwood en 1977

Vivienne Westwood dans une de ses creations - La crinoline, j'adore

le goth de Sisters of Mercy ou c'est tous les jours Halloween chez Balenciaga, Balmain et Givenchy en 2008, Comme des Garcons ou Margiela avant et meme


les Chaines Givenchy - L'obsession de toute modasse - Fall 2008


le Disco Glam de Bowie periode Aladdin Sane avec l'inevitable Versace ou meme Dior.



Dior Homme

Meme si en 2008 on a trop d'influences et que tout va trop vite pour signifier reellement quelque chose - ca fait longtemps que porter un t-shirt Ramones ne veut plus dire qu'on est fan du groupe, ni meme qu'on les connait (oui je suis mauvaise), mais juste qu'on adhere a une vague superficielle et epehemere, entierement marketing et decidee par un quelconque bureau de style - pour quelques personnes il reste toujours ces icones, a qui on voudrait ressembler, en vain. Si la maniere de consommer ecouter la musique a change, cette fascination stylistique pour les groupes qui ont forge notre culture est restee la meme.

L'art de s'habiller comme ton guitar hero ne date pas d'hier. Je ne pense pas a ces bonnes femmes echevelees, en mini jupe qui eructaient des platitudes il y a 45 ans comme Ronnie Spector et ses Ronettes. Mais plutot a Irene Castle ou Josephine Baker, qui ont libere la femme dans les annees de la premiere guerre mondiale avec leurs cheveux courts et leur frivolite assumee. Des decennies plus tard, la facon qu'ont ces icones de se fabriquer une identite visuelle forte et sauvage sous laquelle point sourdement cette invitation non deguisee a la transgression de toutes les regles continue de me fasciner : se raser la tete comme Sinead, se pointer au Oscars habillee en cygne geant comme Bjork, ou porter bourree un eye liner 60's ombrageux et outrancier assorti d'une improbable meduse capillaire comme Amy Winehouse reste un fantasme de tous les jours.


Si j'avais eu dans les 20 ans en 1975, on m'aurait surement vue faire la queue pour un concert de Blondie sur la 4eme, pas loin de l'appart moisi que je louerais $110 dans East Village. Et je n'aurais pas seulement voulu voir Debbie Harry mais lui ressembler, etre elle. J'aurais voulu ses cheveux platine, son heavy make-up, et sa maniere de danser comme un zombie sensuel. Dans les jours de deprime, j'aurais cherche les grandes chemises mysterieuses de Patti Smith,son allure de corbeau et son chic masculin. Et j'aurais traine au CBGB histoire de voir la nouvelle veste a clous de Joan Jett. Pour leur ressembler, j'aurais donne dans la teinture Manic Panic, le mascara en cake et ecume tous les thrift stores, de St Marks Place a l'avenue C, parce que Debbie avait dit un jour qu'elle avait trouve ses costumes de scene dans une boutique a clodos sur Bowery. Des fringues pourries j'en aurais trouve plein, des trucs uses avec du charme aussi.

Et pourtant, je n'aurais jamais eu l'allure d'une Lydia Lunch, d'une Siouxsie Sioux ou de Stevie Nicks.

Au siecle dernier, donc, realiser son fantasme etait une tache ardue. Point de marketing de masse, de H&M, d'internet ou l'on peut aujourd'hui commander les dernieres creations d'Erin Wasson en direct de NY, ou les jupons en dentelle kitsch des japonaises 18eme siecle d'Harajuku. Il fallait ecumer, racler les fonds de bacs a fripes, se debrouiller pour trouver les clous qu'on alignait soit meme dans le dos d'une veste en cuir , autour d'un ours radioactif ou des trucs dans le genre, a Nancy ou a Camden. Il fallait aller a Goa avec les autres chevelus pour ramener les amulettes creuses, parfaite pour le LSD, et les tuniques perlees qu'on n'allait plus jamais laver a San Fransisco . Il fallait se le teindre soi-meme, ce sweat qui allait nous tranformer en smiley geant dans les raves avec Caroline. Et je n'aurais pas non plus ete la seule, dans les 90's, a porter une veste en jean sur une robe a fleurs sur un jean troue sur des converse, pour essayer de capter ce chic de sac a merde propre a Courtney Love.
En 2008, on va sur Topshop commander sans vergogne les rescucees du style de Kate Moss, lui -meme inspire par les plus fabuleux mythes rock & roll que la terre ait connus. C'est facile, rapide, pratique, on trouve la meme chose partout. On a perdu l'excitation de la decouverte ultime, cette putain de veste a Pyramide doree unique ayant appartenu a Jimi Hendrix chez Love Saves the Day ou ces bas en dentelles brodees aux initiales d'une cocotte de cabaret a l'Armee du Salut.
Aujourd'hui je m'isole, je trie l'evident, le truc a la reference criante, j'essaie les circuits detournes (le Goodwill d'un trou en Arizona plutot que la friperie pignon sur rue a Manhattan), les vendeurs ebay sans magasin, les petites vieilles decaties des Garage Sales de banlieues pavillonnaires.

Mais je serai toujours plus JelizaRose que Madonna.


Qu'importe, ca ne m'empechera pas de sortir en tailleur masculin etrique a epaulettes comme Annie Lennox, un turban vintage en satin a plume elimee soigneusement visse sur la tete.

pics: photobucket, style.com,reneeashleybaker.files.wordpress.com, www.redemptiononline.com, blendnewyork.files.wordpress.com, phostingprod.com/@wearethemarket.com, dailymail.co.uk,www.vam.ac.uk,imageshack.us,www.shelleylambert.com

jeudi 14 août 2008

At 10 000 Feet Over The Sea


pic: mindoh via wordpress

Cheese Wine Champagne and shit, ce soir je pars pour Paris avec Air Rance (apres 8h de vol on en reparle, de l'air :-)).


Pic via Photobucket


pics: peppermintkisskiss et everythingyourspace

Meme si tous les passagers vont encore etre habilles comme pour aller a un match de baseball, flip-flops et total non-look Abercrombie, j'apprecie d'avance la nettete des hotesses et le sourire des stewards, tout en affabilite soignee aux UV.

Je regrette bien de ne pas etre nee dans les annees 60, l'epoque glorieuse ou voyager en avion etait encore une activite chic, qu'on pratiquait maquillee et coiffee, en tailleur ceinture, collants fins, foulard et vanity Samsonite collection "Silhouette" a la main.

pic: ebay
Il y a bien la collection 24 de Yves Saint Laurent, concue pour les clientes en First, des formes loose dans des tissus luxueusement infroissables, mais la encore la maison a privilegie le confort au detriment de coupes raffinees. Et puis maintenant que meme le premier baguage est taxe, comment faire chic, light et efficace? La solution serait-elle celle d'une chaine d'hotel renommee, qui, depuis l'annonce de la taxation , propose a ses clientes une garde-robe complete signe Acne Jeans a leur arrivee a l'hotel, pour leur eviter de transporter la moindre valise (mais la, tout s'effondre direct puisqu'on se demande alors : "et au retour, tu la payes de toute facon, la valise de fringues offertes ?" mais ce sont des considerations bassement materielles , elle est ou la magie du voyage la, bon, bref).

Si en 2008, un voyage en avion n'a plus rien de chic/magique, je ne pouvais pas en parler et negliger la plus sexy/fatale hotesse de tous les temps : Jackie Brown

Pam Grier aka Jackie Brown (Tarantino)
pic: allocine.fr

Et avant de partir, une mini travel playlist, clin d'oeil a un montrealais adepte des thematic flight playlists :

C est le genre de truc que j aimerai bien mettre avant de decoller, au lieu de l'ignoble soupe pop habituelle qui tourne en boucle pendant les 10 plombes necessaires afin que tous les coffres soient fermes, que les vieux soient bien installes avec leur couverture/3 paires de chaussettes (oui j ai quelque chose contre les vieux, surtout en avion, parfois j ai envie qu'on les compacte et qu'on les envoie dans l'espace), et avant que les hotesses ne fassent leur macarena de demonstration un peu raide.

.....Comme une longue nuit a -56 C au dessus de l'Atlantique devant un thriller un peu pourrave:

David Aussi - Air France

.....Le track qui donne envie d'aller a Acapulco attraper le Pacific Princess en fourreau Versace. Il y a des palmiers, des noeuds pap, des Gin Tonic et des manieres surnannees la-dedans:

Air France - No Excuses

.....A cote de moi y'a un crooner qui vient de Las Vegas, on cause cigares et il ecrase mon sac avec ses santiags

Avion Travel - Cosa Sai Di Me

.....Un sac, un ipod , du coca light et c'est tout

The Do - Travel Light

.....A cette heure-la meme les 2 pilotes ont la tete lourde, on espere que ca va devant et j 'ai envie de leur demander "c est quand qu'on arrive?"

Someone Still Loves You Boris Yeltsin - Travel Song

......C est toujours rigolo d'ecouter du garage punk devant un documentaire animalier

The Headcoatees- Have Love Will Travel

.....Dans la descente j'ai souvent une tete a jouer dans Silent Hill, et le regard embrume. Avec ce son noisy et surtout un nom pareil, ca donne envie d'incliner un peu plus pour acceler le touchdown.

Gravity Propulsion System – The Travel Agent



Merci aux Fluokids/Fileden/builtonweakspot/frequenzeindipendenti /%7Efinestkiss4/hypemfiles.blog-city.com pour les tracks


lundi 11 août 2008

New Drama, Same Zip Code


"[..] I had never been one of them...They hurt me so much I could never become one of them...when I see their faces I feel the hurt all over again...and...I am glad they are here, dying in the sun, uprooted,...the same faces from my home town, fulfilling the emptiness of their lives under a blazing sun "

John Fante upon his arrival in Los Angeles, in Ask the Dust



Ou comment Beverly Hills, cette bonne vieille serie des familles, renait en 2008 sous le nom "90210". Meme code postal, meme decor , meme story (les collines, les villas a colonnes, les brushings muffins et les "Fleetwood mac situations" comme dirait Murray de Flight Of the Conchords a propos des triangles amoureux de la jeunesse doree).
Comme il y a presque 20 ans, une famille du Midwest, les Wilson, arrive du Kansas (la loooze supreme) pour surveiller la grand-mere, une ancienne star de cinema quelque peu fanee (Jessica Walter, de "Arrested Development"), qui part en vrille entre 2 liftings, et se retrouve dans les celebres collines ecrasees de soleil , entre les highways surbondees et le bronzage a vie comme un chien dans un jeu de quilles.
Quand les 2 teenagers de la famille se presentent pour le premier jour de cours a la West Beverly Hills High School, ils ne savent pas encore quel nouveau monde s'offre a eux.....

Si la releve a ete assuree par de nouveaux acteurs , quelques dinosaures sont encore presents pour assurer l'authenticite de la serie ": il y a Jenny Garth " Kelly", ultra sexy dans son poste de "school guidance counselor", Shannen Doherty "Brenda" qui a finit par decuver et sortir de taule revenir et l inenarrable Tori Spelling "Donna", l'intellectuelle la grosse fille a papa du lot, sourire Colgate et chihuahua au bras, responsable d'une boutique de vetements (heureusement, Aaron n'est plus la pour voir ca).

Du sexe, du pognon, de la petite pupute completement pourrie gatee moulee dans du satin, du beau gosse machiavelique, le quota "Benetton attitude" politiquement correct (un black), de l'improbable (cf le professeur de litterature ??!!), que demander de plus pour faire son couch potato cet automne?

Le nouveau cast

et le preview:





pics: babble.com, culturegod.com

mercredi 6 août 2008

Holy Shit !!!! It Scared The Crap Out Of Me


Hier soir je m'appretais a faire des choses foncierement classiques mais neanmoins agreables quand j ai failli avoir un arret cardiaque a la vue d un ENORME cockroach des champs, une grand-mere, un truc limite gros comme une souris qui se tracait en direction de la cuisiniere, a fond, toutes antennes dressees.
J'avais jamais vu un truc pareil DANS UNE MAISON, normalement ca vit dans les arbres ces machins autant dire que j'ai bien les boules d'avoir laisse la porte ouverte toute la soiree. Limite ils en auraient voulu a Pet's Mart. S'en est suivi un instant d 'effroi paralytique avant d'avoir le reflexe bombe a insectes/balai (j allais pas ecraser cette horreur, rien que l'idee du bruit....) MAIS il s est barre SOUS un des meubles de la cuisine , ce batard, donc je dois dire que j ai passe une bonne partie de la soiree a le traquer, le cheveu defait, le regard hagard et anxieux comme celui d'une heroine de David Lynch, et a calfeutrer la porte de ma chambre avec des sacs en plastiques (merci Wal Mart) dans un elan de parano.

Inutile de preciser que je ne l'ai jamais revu.

Putain d'etat du Sud.
Ce soir je bouge la cuisiniere pour verifier, on peut parler de mission , limite j ai envie d'appeler Rob Zombie qu'il en fasse un truc, de cette histoire. Avec Naomi Watts a ma place, par contre.

mardi 5 août 2008

Fashion and Superheroes


pic: www.metmuseum.org

Avant de repartir a Atlanta , j'ai fait un detour par le MET (Metropolitan Museum) ou est ouverte une expo intitulee Fashion and Superheros.
C est une petite expo, rapide et aeree, ce qui ne l'empeche d'etre ultra-concentree et bien pensee. Organisee autour de la representation du corps chez les differents superheros bien connus (de Batwan a Wonderwoman), on y observe la fascination des designers etrangers pour ce phenomene ultra-americain, le superheros. Souvenez vous, se sont les couleurs du drapeau a etoiles qui drapaient les formes de Wonderwoman ou les muscles de Captain America....

Il y a the Graphic, the Patriotic, the Viril, the Paradoxical, the Armored, the Aerodynamic, the Mutant ou the Postmodern bodies, toutes les facettes du superheros explorees avec l'oeil des createurs les plus body-conscious de ce siecle et du precedent, menes par le bataillon des Anglais. Evidemment.




Gareth Pugh S/S 2007
pic: flickr

Et ca va du style "Nasa" de Rei Kawakubo pour Comme des Garcons a la nouvelle avant-garde rock et dark de Bernard Wilhelm, Gareth Pugh et Rick Owens, en passant par les silhouettes ultra-sexualisees de Thierry Mugler (epaulettes-armoires a glace et taille sablier) des annees 80, l'exuberance du pirate fou Galliano, l'humour de Jean-Paul Gaultier ou les representations futuristiquement chiquissimes de Giorgio Armani, Alexander Mc Queen et Dolce & Gabbana.


De gauche a droite Thierry Mugler, F/W1996–1997; Dolce & Gabbana, S/S 2007; Thierry Mugler, S/S 1992

pic: nymag.com


Rick Owens Fall 08

pic:blogger.com

Il y ceux qui sexualisent la femme de maniere exageree, qui creent des costumes de pouvoir et d'oppression aussi . Des costumes fous de conformisme, sous les paillettes et la subversion profilee.
Il y aurait pu y avoir aussi Paco Rabanne le ferrailleur et grand absent de l'expo (en meme temps a force de predire des conneries ca devait arriver).
Mais il y aussi ceux, Riccardo Tisci chez Givenchy, Nicolas Ghesquiere chez Balenciaga et Stefano Pilati chez YSL qui reinventent la femme superheros dans la vie de tous les jours, ceux qui s'inspirent de ces styles heroiques pour sublimer les faiblesses et la force de n'importe quelle femme.
A l'expo, il y avait les fameux leggings Balenciaga de l'ete 2007, une armature arachneenne cousue minutieusement de petites plaques de cuivre incurvees, un vetement jamais vendu a la fois extremement dur , portable et sensuel. Toute la force de Guesquiere.

Defile Balenciaga S/S 07

pic: ttp://iwantigot.geekigirl.com

La campagne S/S 2007, shootee par David Sims m'avait marquee : futuriste sans etre metallique ni boxy, la femme Balenciaga etait immobile, a l'affut dans une nature violente et hostile. Animale et seule au monde, elle attendait la confrontation avec demain.





pics: TFS